Quarante-et-unième Promotion du CNESSS

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L’homéopathie ne serait qu’un placebo

samedi 27 août 2005, par Jean-Yves Naud

A CONTROVERSE sur l’efficacité thérapeutique de l’homéopathie est relancée. Dans son édition datée du 27 août, l’hebdomadaire britannique The Lancet publie une étude dont les conclusions laissent clairement entendre que cette pratique médicale, mise au point il y a près de deux siècles par l’Allemand Christian Friedrich Samuel Hahnemann, n’aurait pas d’efficacité spécifique et serait, au total, comparable à un placebo.

La question, récurrente, de la réalité et du caractère reproductible ou non des résultats thérapeutiques de l’homéopathie est soulevée depuis plus d’un siècle.


Comment comprendre qu’un milieu très hautement dilué - et dont il est parfaitement démontré qu’il ne peut pas matériellement contenir les traces moléculaires d’une substance physiologiquement active - pourrait, introduit dans un organisme souffrant, corriger tout ou partie des manifestations pathologiques ? Comment, surtout, faire la part de l’effet placebo, cet effet thérapeutique d’ordre psychologique lié à la prescription de toute substance présentée comme étant un médicament efficace, quand bien même elle ne contient aucune substance pharmalogiquement active ?

REMISE EN CAUSE

Depuis une vingtaine d’années, des praticiens convaincus des bienfaits de l’homéopathie et des industriels directement concernés ont entrepris de démontrer, avec les outils de la science médicale et statistique, que l’efficacité de l’homéopathie était spécifique et qu’elle était notablement supérieure au simple, mais toujours mystérieux, effet placebo. Nombre de ces travaux ont conclu de manière positive et certains ont même été publiés dans des journaux prestigieux au premier rang desquels The Lancet ( Le Monde du 14 décembre 1994).

C’est la crédibilité même de la quasi-totalité de cette production médico-scientifique qui est aujourd’hui remise en cause avec la publication, dans l’hebdomadaire médical anglais, d’une étude conduite par un groupe de huit chercheurs de nationalités suisse et britannique dirigés par le docteur Aijing Shang (département de médecine sociale et préventive, université de Berne). A partir d’une enquête portant sur 19 banques électroniques de publications médicales, ces chercheurs ont repris la totalité des essais cliniques étudiant les effets comparés des pratiques homéopathiques par rapport à l’effet placebo.

Les pathologies concernées étaient très variées, incluant des infections respiratoires, des manifestations allergiques, des affections gynécologiques, musculosquelettiques, neurologiques ou gastro-intestinaux. Ils se sont également intéressés aux essais cliniques comparant les pratiques de la médecine conventionnelle (ou allopathie) à l’effet placebo. Tous ces essais incluaient en moyenne 65malades, avec un éventail allant de 10 à 1 573 personnes.

Sur la base de ce matériel, les chercheurs ont retenus ce qu’ils estimaient être les meilleurs essais. Ils ont ainsi constitué deux groupes de 110 publications chacun, qu’ils ont passé au crible d’une analyse statistique hautement sophistiquée visant à débusquer les biais méthodologiques, volontaires ou non, qui pouvaient entacher les résultats de ces travaux.

Les auteurs de cette publication expliquent avoir retrouvé des biais méthodologiques dans les deux types de travaux et plus particulièrement dans les essais cliniques de petite taille, ces derniers ayant plus que les autres tendances à conclure au bénéfice des médications étudiées. Une fois ces biais pris en compte, Aijing Shang et ses collaborateurs observent que rien, en définitive, ne permet de penser qu’il existe une efficacité spécifique des pratiques homéopathiques, une conclusion radicalement opposées aux observations faites à partir des médicaments de la médecine allopathique.

Jean-Yves Nau


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